La fenêtre d’Overton : gare au courant d’air !

Les positions se tendent, les discours se durcissent. Chaque prise de position repousse l’autre, l’affadit, la rend acceptable. Le champ de ce qui est socialement acceptable s’élargit. A côté des réactions qui saluèrent l’incendie criminel du centre d’accueil pour demandeurs d’asile de Bilzen: « laisse-le brûler »‘, »bien joué mais quelques semaines trop tôt » – les réfugiés n’y étaient pas encore logés -; un « Si ça ne vous plaît pas, retournez à Kinshasa » asséné par un policier du rail à un voyageur peut passer pour une peccadille; et assimiler des employés à des macaques pour un trait d’humour tout au plus douteux. C’est une dynamique de banalisation toxique et dangereuse.

Il y a toute une gamme d’opinions que l’on peut assumer sur la place publique sans risque d’être soumis à quelque vindicte; c’est la fenêtre d’Overton. Elle n’est pas fixe, elle peut s’élargir en fonction de l’évolution des mentalités et/ou des normes sociales; mais également sous l’effet d’une stratégie politique. Si cette dernière est déployée par un parti radical – qu’il soit de gauche ou de droite – il convient d’être extrêmement vigilant car si on y prend garde les idées les plus abjectes, les plus nauséabondes finiront par recouvrer le droit de cité.

En élargissant la fenêtre d’Overton, une idée qui semblait auparavant radicale, extrémiste, excessive, peut soudain sembler parfaitement modérée au regard d’une autre idée nouvelle qui serait plus radicale encore.

Clément Viktorovitch

Source: https://kutt.it/K4BBnT

Crédit photo: © Capture d’écran YouTube – Vox